Professeur à l'université chinoise de Hong Kong et à l'Université de Tsinghua à Pékin, professeur émérite de l'Université de New York à Stony Brook, Chen Ning Yang est l'un des plus grands physiciens théoriciens de la seconde moitié du XXe siècle.
Né en 1922, il obtient son Master of Science à l'Université de Tsinghua en 1944, pendant l'occupation japonaise. Il s'inscrit en 1946 à l'Université de Chicago que Fermi venait de rejoindre. Sur les conseils de Teller, il décide de se consacrer à la physique théorique et, en 1949, il soutient son PhD avec un travail sur la phénoménologie des réactions nucléaires. Sa carrière débute à l'Institute for Advanced Studies à Princeton en 1949. En 1965, il refuse de succéder à Oppenheimer comme directeur, mais il décide en 1966 de sortir de sa "tour d'ivoire" et finit par accepter la chaire Einstein et le poste de directeur de l'Institut de physique théorique de la toute nouvelle Université de New York à Stony Brook.
À partir de 1971, Chen Ning Yang s'engage très activement dans le rétablissement des relations scientifiques entre la Chine et les États-Unis et s'implique dans la création de nouveaux instituts de recherche, en particulier à Nankin. Professeur invité au groupe de physique théorique de l'ENS, fondé en 1950 (et à la demande d'Yves Rocard), cette visite a coïncidé avec le séisme provoqué par la découverte expérimentale de la violation de la parité dans les interactions faibles prédite par Chen Ning Yang et Tsung Dao Lee. Les contributions de Chen Ning Yang se caractérisent par leur profondeur, par l'ampleur et la variété de leur spectre, de la phénoménologie des particules à la théorie quantique des champs, en passant par la mécanique statistique ainsi que par différentes incursions en physique de la matière condensée.
Les travaux de C. N. Yang et de T. D. Lee sur la brisure de la symétrie par réflexion d'espace (ou violation de la parité) dans les interactions faibles constituent un exemple parfait d'analyse phénoménologique d'une expérience en contradiction avec les idées reçues, à savoir l'absence d'une orientation privilégiée de l'espace dans les lois de la physique. Le grand mérite de C. N. Yang et T. D. Lee porte sur deux points : d'une part, ils mettent en évidence le fait que l'hypothèse en question n'avait pas été testée pour les interactions faibles et, d'autre part, ils ont imaginé tout un ensemble de tests nouveaux pour l'invariance par réflexion d'espace. Ce bond en avant de la théorie des interactions faibles a permis d'aboutir, avec l'introduction des champs de Yang-Mills, au modèle standard électrofaible. L'idée de Yang fut de généraliser l'invariance de jauge aux groupes des rotations dans un espace abstrait à trois dimensions censé décrire les
degrés de liberté interne des champs de matière. Les champs de Yang-Mills s'imposèrent comme outil fondamental pour la construction d'une théorie prédictive de l'ensemble des interactions faibles, fortes et électromagnétiques, événement décisif qui engagea la révolution de la physique des années 70.
L'ensemble des travaux de Chen Ning Yang ont eu un impact considérable en physique théorique. Certains des sujets développés au laboratoire de physique théorique de l'École normale supérieure présentent des aspects, notamment en théorie des champs, qui doivent beaucoup à Chen Ning Yang. En effet, les recherches des théoriciens du département de physique de l'ENS, qui ont contribué de façon significative à l'élaboration du modèle standard, sont ainsi redevables aux travaux du physicien chinois. La première extension supersymétrique du modèle standard a été élaborée au laboratoire de physique théorique, et elle servira de base à l'analyse des expériences du LHC dans la tentative de recherche des partenaires supersymétriques des particules connues. Cette généralisation des champs de Yang-Mills permet d'appréhender la richesse et la flexibilité des concepts théoriques introduits par Chen Ning Yang. Par ailleurs, il faut souligner que Chen Ning Yang s'est également beaucoup intéressé au contenu mathématique de ses résultats dont les retombées en mathématiques pures furent décisives. Ils ont inspiré des travaux importants qui ont valu à leurs auteurs la médaille Fields (Simon Donaldson, Gerd Faltings et Michael Freedman en 1986). Près de vingt ans après la publication de son article avec Mills, Chen Ning Yang a donné une reformulation précise de la théorie des champs de Yang-Mills dans le cadre rigoureux des espaces fibrés (un bon exemple d'espace fibré est une belle chevelure). L'analogie avec la théorie de la gravitation devient ainsi apparente et les notions de courbure et de transport parallèle s'introduisent naturellement. Des solutions particulières des équations de Yang-Mills, comme celle découverte par Gerard't Hooft, sont utilisées par les mathématiciens pour explorer les propriétés des variétés différentielles à quatre dimensions.
Chen Ning Yang a reçu de nombreux prix scientifiques, dont le prix Nobel de physique en 1957 qu'il a partagé avec Tsung-Dao Lee. Ce prix prestigieux leur a été accordé pour leurs travaux sur les lois de la parité dans le domaine des particules élémentaires. Ces travaux fondamentaux sont particulièrement importants parce qu'ils ont montré que la symétrie droite-gauche des particules élémentaires, universellement admise à l'époque, était tout simplement incorrecte, ce qui fut ensuite prouvé expérimentalement. Cette découverte eut un retentissement immense qui se traduit aujourd'hui encore par une activité expérimentale intense.
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